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Tuesday, December 13, 2011

Anémone Hupehensis

Anémone Hupehensis - aquarelle et interprétation

J'ai reçu un message cette semaine d'une ancienne cliente, devenue amie, pendant la période où je dirigeais le studio à Québec.   Ses mots encourageants et généreux m'incite à écrire plus souvent sachant qu'il y a des lectrices qui attendent le prochain blog avec hâte.  Merci M. pour ces gentils commentaires.


Je continue à travailler sur mon projet 'Phénix' et aujourd'hui je prendrai des photos pour montrer le progrès.


Je fouillais ce matin dans mes albums et je me rendais compte que je n'ai pas encore parler de ce projet dans mon blog.


Donc, le voilà:   je démontre ma façon de procéder; c'est-à-dire, une étude en aquarelle avant de transférer le dessin sur lin et de le broder.  Cette analyse en couleur avec mon pinceau me permet de définir ma vision mentale sans m'investir trop.  Pour expliquer, la broderie demandera plusieurs dizaines d'heures de travail pratique, tandis que l'analyse de couleur, mouvement et détail sur papier prendra une heure ou deux.


Cette fleur fournissait la dernière pointe de couleur dans le jardin au mois de septembre, une petite tête fleurie et si délicate qui flottait dans le vent automnal.


Aujourd'hui, le 13 décembre, le jardin est couvert d'une épaisse couche de neige.  Je ne verrai que du blanc pendant les prochains six mois. L'anémone brodé, qui se trouve parmi toutes les autres fleurs en soie dans mon atelier, me permet de profiter de mon jardin malgré cette blancheur.  



Saturday, November 12, 2011

Pavots d'espoir




            Au mois de mars 2011, ‘Sweet Mickey Martelly’ fut élu president d’Haïti. Est-ce que ce vote représentait un changement majeur, un vote d’espoir pour l’avenir de ce pays?  Depuis le tremblement de terre de janvier 2010 qui a dévasté une grande partie de l’île et la vie de tous ceux qui y habitaient, le pays ne semblait pas être sorti de son malheur et désespoir.    Il y a encore un demi-million de personnes qui sont logées dans les tentes, faute de moyens pour reconstruire leur vie.

            Je regarde certaines de mes broderies.  Mon regard se pose sur les pavots brodés pendant les premiers jours de la tragédie.  Je suivais attentivement les nouvelles.  C’est par  hasard que j’avais choisi ce projet la veille de la catastrophe.  Le dessin se trouvait sur ma table de travail depuis quelques semaines et c’était vers 20h00 du 11 janvier que j’eus envie de le broder

             Les points se plaçaient sans difficulté sur le fond et rapidement, je voyais les premières pétales prendre forme presque trop facilement. Encouragée par la clarté et la précision de l’ensemble de mes points, je decidais d’aller me coucher espérant que j’allais réussir à retrouver cette meme facilité dans mes doigts le lendemain.  J’avais hâte de reprendre mon aiguille.  La nouvelle qui nous réveilla était bouleversante.


            D’habitude, Dame Nature est une grande source d’inspiration pour mon travail de brodeuse.  Ce matin-là, c’était tout le contraire.  Je me suis mise au travail pour oublier le drame qui se déroulait en Haïti.  J’écoutais les nouvelles en brodant.  La deuxième fleur prenait forme;  il n’y avait que du rouge et du noir dans ma palette de couleurs.  J’ajoutais un peu de blanc, le reflet du soleil, mais pour la plupart du temps, les fils de soie rouge se déroulaient de la bobine afin de se trouver fixès dans la forme de fleur.  C’est à ce moment-là se fit le lien entre mon travail et les évènements qui défilaient sur l’écran de télévision.  Mon aiguille avec ses fils rouges et noirs traduisaient par la soie ce que les haîtiens vivaient,  la dévastation, la mort.  Je m’attaquais au centre de la fleur, le centre qui ressemblait à une petite cabane grise – le coeur de la fleur, le coeur de la tragédie, entouré d’ombres, le désespoir d’un peuple.


 
            J’avais besoin de changer de couleur, il y avait trop de rouge, trop de sang, trop de tristesse.   J’ai décidé de commencer à broder une tige, du vert, technique simple;  la tige, donnant de la stabilité à la fleur, une ancre sur laquelle elle peut s’accrocher pour pouvoir avancer;  image d’un enfant solitaire se promenant, perdu parmi les décombres, à la recherche de ses parents, ensevelis sous les briques.  Je commençais une autre tige, un vert plus clair, donnant plus de lumière à la broderie, et un peu d’espoir pour cet enfant et pour Winnie, la petite fille de 16 mois, qui a été sauvée après avoir vécu  près d’une semaine sous les ruines. 

Je continuais mon travail, les journées passaient.  Les points trouvaient leur place sur le tissu sans difficulté.  Je perdais la notion du temps.  Je terminais le premier pavot; j’avais l’impression qu’il flottait seul sur le fond de lin. 

Tout n’était pas perdu, d’autres vies seront sauvées.

Je me sentais impuissante dans mon atelier trop confortable.  On envoie de l’argent à la Croix Rouge;  c’est trop facile. C’est un geste qui ne répond pas aux besoins réels du moment.  Je me faisais une idée que mes efforts de terminer cette pièce, devenue symbolique, s’ajoutaient aux efforts de la communauté internationale qui se rassemblaient pour apporter de l’aide.  Je commençais à broder une autre fleur, sans le centre, simplement des pétales cachant d’autres pétales.  Je n’étais plus certaine de ma technique, est-ce que mes efforts allaient rendre l’effet voulu? Tous ces équipes qui arrivaient de partout dans le monde, est-ce qu’ils allaient pouvoir s’impliquer et comment?  Il semblait que les instances internationales se retenaient afin de pouvoir mesurer l’ampleur de cette tragédie et de décider quelles démarches à prendre pour garantir le maximum d’efficacité.



Le 21 janvier, une autre secousse terrorise un peuple déjà à bout de force.  Je finissais la dernière fleur, encore du rouge, encore du sang, encore des vies perdues. 


Il fallait commencer à analyser les feuilles; il y en avait tellement, des petites, des grandes,  toutes entremêlées, quelques unes qui s’enlaçaient autour des tiges épineuses.  Comment donner de la perspective?  Où est la source de lumière?  Je voyais toute de suite la métaphore, les êtres humains sous les décombres, qui cherchaient désespérément la lumière, l’air,  la vie.  


Miraculeusement, des gens étaient sauvés dix jours après le tremblement de terre.


J’ai terminé cette pièce le 23 janvier 2010, le même jour que le dernier rescapé fut arraché à la mort.


Aujourd’hui, je regarde toujours cette pièce en pensant à ce drame.,    Elle a pour titre:  Pavots d’espoir.   Bien que toute broderie évoque une histoire souvent personnelle,  celle-ci est impregnée de signification plus large que mon propre monde. 


La pièce est toute simple, mais ce qui est tissé entre les points, ce témoignage d’un long moment pénible vécu à distance, ne l’est pas.  Ce fut ma manière de l’exprimer.


'L’oeuvre est le mémorial de lieux et de temps promis à la disparition ou déjà disparu'   (Benjamin 1991)

                                                                                                               

Wednesday, July 6, 2011

Rose Gallica - progrès 2 - presque terminé

 La pièce m'a offert plusieurs défis surtout dans l'exécution des feuilles.  Ma première idée n'a pas fonctionné malgré quatre ou cinq tentatives.  Finalement, j'ai trouvé la solution en simplifiant mon approche et éliminant quelques effets de mouvement dans chaque forme et j'ai joué avec deux sortes de soie pour avoir un effet textural varié.  

Malgré une journée très occupée lundi avec les travaux autour de la maison, j'ai trouvé un peu de temps pour finir la dernière feuille et la tige.
Hier soir, j'ai nettoyé la pièce.  Quel soulagement de voir que la couleur des fils est restée fixe, aucune bavure sur le tissu de fond.  Phew!  C'est toujours un moment inquiétant.   Donc, prochaine étape est de repasser, à l'envers, afin d'enlever les derniers petits plis du tissu.  Ensuite, je calcule le placement du motif au centre de la base acrylique qui est recouvert d'un tissu, du lin.  Je l'attache avec des épingles, bien étiree, m'assurant que la pièce ne bougera plus.  


Et là, je dois attendre jusqu'au lendemain matin.  Avec l'humidité dans l'air, il y a la possibilité que le tissu gondole encore un peu.  Si c'est le cas, je peux toujours faire les ajustements nécessaires avant de fixer le tissu avec des points de chausson tout autour.

Et ce matin, de bonne heure, je descends dans mon atelier et trouve la pièce en parfait état.  Je n'ai plus d'ajustement à faire.  Quelle bonne nouvelle.  Je couds la piece à son fond.   Je signe la pièce au coin droit, en bas, une signature qui sera cachée par le passe-partout mais qui indique que c'est une oeuvre originale dont je suis fière.   Tout est prêt pour l'encadrement.  

Sunday, June 19, 2011

'Rose Gallica'

Un anniversaire important d'une grande amie aura lieu bientôt. Je compte lui offrir une de mes pièces. Étant donné que les pièces déjà exécutées et exposées dans mon atelier ne répondent pas totalement au message personnel que je veux lui transmettre, je prépare un nouveau projet.

Créer une pièce pour une personne chère exige qu'on essaie de faire un portrait spirituel de ce qu'on croît voir. C'est une femme posée, traditionnelle mais capable de se détendre et laisser tomber les paramètres qu'impose souvent la société pour enfin s'exprimer librement. J'ai donc choisi de m'inspirer d'un artiste dont les oeuvres m'ont toujours impressionnées par leur purêté et leur authenticité, c'est-à-dire, les gravures de Pierre-Joseph Redouté.

La rose est la fleur du mois de juin. Dans ma bibliothèque j'ai un petit livre qui recueillit les gravures de 'roses' de Redouté et de cette collection, j'ai choisi la 'Rose Gallica'. Les pétales sont pour la plupart blanches, mais j'introduis les nuances de rose pâle, un reflet de la fémininité de mon amie.

En même temps, cela fait quelques mois que je cherche un projet où je peux manipuler la soie 'Pearsalls'. C'est un fil de soie tordu, un peu plus épais que la soie Pipers. En conséquence, il fallait que j'agrandisse le dessin que j'ai préparé afin d'accommoder l'épaisseur de ce fil. Par contre, dans les formes plus petites, j'aurai besoin de réduire l'épaisseur du fil et dans ce cas, je peux, grâce aux qualités de la soie Pearsall's , dédoubler le fil pour manipuler un fil plus fin. En le faisant, le jeu de lumière est rehaussé

Et pour introduire un élément de surprise, un rappel à la personnalité surprenante de mon amie, j'ai choisi une palette de verts et vert-bleu pour les feuilles. À regarder mes choix de couleur, je suis optimiste que l'effet final ressemblera à ce que j'envisage mentalement mais comme tout projet non réalisé, ce n'est qu'en travaillant que je vais finaliser les choix. Affaire à suivre........